La définition tient en trois lignes, et elle est plus exigeante qu'il n'y paraît
Toute la réglementation du matériel de sécurité en plaisance repose sur une seule mesure : ta distance d'un abri. Il vaut donc la peine de savoir ce que le texte appelle un abri, car ce n'est ni la côte, ni un port, ni une plage.
L'article 240-1.02 de la division 240 le définit ainsi : un abri est un « endroit de la côte où tout engin, embarcation ou navire et son équipage peuvent se mettre en sécurité en mouillant, atterrissant ou accostant et en repartir sans assistance ». Et le texte ajoute immédiatement : « Cette notion tient compte des conditions météorologiques et de mer du moment ainsi que des caractéristiques de l'engin, de l'embarcation ou du navire. »
Trois conséquences en découlent, et chacune change la façon de préparer une sortie.
- Il faut pouvoir s'y mettre en sécurité, ce qui suppose un mouillage tenable, un atterrissage praticable ou un accostage possible pour TON bateau.
- Il faut pouvoir en repartir SANS ASSISTANCE. Une crique où tu t'échouerais, un port dont tu ne pourrais pas ressortir à marée basse ne sont pas des abris au sens du texte.
- La qualité d'abri s'apprécie AU MOMENT de la navigation. Un endroit abrité par vent d'ouest cesse de l'être quand le vent passe au nord.
Pourquoi la distance ne se mesure pas depuis la côte
L'erreur courante consiste à raisonner en distance de la côte, par analogie avec la bande des 300 mètres ou avec les cartes de navigation. Le texte ne dit pas cela. Il dit : distance d'un abri.
La différence est loin d'être théorique. Sur une côte rectiligne, sans échancrure, tu peux naviguer à un mille du rivage et te trouver à plusieurs milles du premier endroit où tu pourrais réellement te mettre en sécurité et en repartir seul. À l'inverse, dans une baie richement dotée en mouillages, tu peux être loin de ton port d'attache tout en restant à quelques encablures d'un abri.
La mesure qui compte est donc la distance au plus proche abri praticable pour ton bateau dans les conditions du jour, mesurée en milles marins. C'est cette valeur, et elle seule, qui déclenche l'une des quatre dotations d'armement.
2 MN
SEUIL BASIQUE
En deçà : dotation basique
6 MN
SEUIL CÔTIER
De 2 à moins de 6 milles
60 MN
SEUIL SEMI-HAUTURIER
De 6 à moins de 60 milles
300 m
PAS POUR LES NAVIRES
Seuil propre aux annexes et engins
Les 300 mètres, un seuil qui ne concerne pas ton bateau
Le chiffre de 300 mètres revient partout dans la division 240, et c'est une source de confusion massive. Il ne définit aucune dotation de navire.
Les 300 mètres sont le rayon d'action de droit commun des engins qui ne sont pas des navires : les engins de plage (article 240-2.08), les annexes (article 240-2.09), les embarcations propulsées par l'énergie humaine hors engins de plage (article 240-2.10) et les planches à voile, aérotractées et nautiques à moteur (article 240-2.11). Ces catégories sont limitées à 300 mètres d'un abri et ne sont astreintes à aucun matériel dans cette bande, avec des extensions possibles sous conditions strictes.
À ne pas confondre non plus avec la bande littorale des 300 mètres, qui est une zone de police de la navigation destinée à protéger les baigneurs, et relève d'arrêtés préfectoraux et municipaux, pas de la division 240. Deux règles différentes, la même distance, aucun rapport entre elles.
Ce que cela change dans la préparation d'une sortie
La conséquence pratique est qu'on ne peut pas décider de sa dotation à quai une fois pour toutes, puis l'oublier. La division 240 raisonne par projet de navigation.
Avant de partir, la question n'est pas « quel matériel ai-je à bord », mais « jusqu'où vais-je m'éloigner d'un endroit où je pourrais me mettre en sécurité et repartir seul, compte tenu de la météo annoncée et de mon bateau ». La réponse à cette question détermine la dotation, et donc la sortie elle-même : si tu n'as pas le matériel de la tranche, tu ne franchis pas le seuil.
C'est aussi ce qui explique une règle en apparence bizarre de la dotation basique : le moyen de connaître les heures et coefficients de marée du jour et de la zone est exigé, sauf en Méditerranée. Sans marée significative, l'information ne conditionne ni l'accès à l'abri ni la sortie de l'abri.
- 01Identifie le ou les abris réellement praticables pour ton bateau sur la zone que tu vises.
- 02Vérifie la météo et l'état de la mer annoncés, puis retire de ta liste les abris qui cessent d'en être dans ces conditions.
- 03Mesure ta distance maximale au plus proche abri restant, sur l'ensemble du parcours prévu, pas seulement au point le plus éloigné de la côte.
- 04Détermine la tranche atteinte et compare-la à ta dotation embarquée.
- 05Si la dotation ne suit pas, réduis le parcours. Le seuil n'est pas négociable.
À retenir
Un abri est un endroit de la côte où ton bateau et son équipage peuvent se mettre en sécurité et en repartir sans assistance. Les trois éléments comptent, et le troisième est le plus souvent oublié.
La notion est relative à la météo et à ton bateau. Elle s'apprécie au moment de la navigation, pas sur la carte à l'avance.
Ce n'est pas la distance de la côte. Sur une côte sans échancrure, tu peux être près du rivage et loin de tout abri.
Les 300 mètres ne concernent pas les navires. Ils encadrent les annexes, engins de plage, planches et embarcations à la pagaie, et n'ont rien à voir avec la bande littorale de baignade.
La distance décide de ta dotation : le détail des quatre listes est dans le guide du matériel obligatoire. Pour te situer sur le programme, les questions d'entraînement sont gratuites sans compte.
▸ Sources
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